ClimatSup : former des ingénieurs et paysagistes acteurs de la transition écologique

Entretien avec Guilhem Austruy, Enseignant en mécanique et chargé de mission ClimatSup à l’INSA Centre Val de Loire 

 

Peux-tu nous expliquer ce qu’est ClimatSup et pourquoi ce dispositif est aujourd’hui essentiel à l’INSA Centre Val de Loire ? 

ClimatSup est né d’un travail collectif entre le Groupe INSA et The Shift Project, avec un objectif clair : intégrer pleinement les enjeux de la transition écologique dans la formation des ingénieurs et paysagistes. Après plusieurs mois d’échange et de réflexion, des lignes directrices ont été définies, avec notamment un socle d’enseignements dédié et une intégration transversale dans les cours existants. 

Concrètement, cela représente environ 130 heures d’enseignements spécifiques sur les cinq années d’études, auxquelles s’ajoutent 70 heures de contenus intégrés dans d’autres disciplines. Par exemple, en mécanique des fluides, on peut aborder le fonctionnement des éoliennes, ou encore étudier la résistance d’un barrage en mécanique des solides. 

Au-delà des contenus, ClimatSup interroge profondément le rôle de l’ingénieur dans la société. L’ingénieur du XXIᵉ siècle ne se limite plus à concevoir des solutions techniques : il doit aussi contribuer à améliorer la santé, le bien-être et la sécurité, tout en intégrant les contraintes écologiques, qui sont désormais un enjeu majeur pour les décennies à venir. 

 

Quels sont les grands objectifs du déploiement de ClimatSup et où en est-on aujourd’hui ? 

Le déploiement est progressif, sur cinq ans. Nous avons commencé avec les premières années en 2023, puis étendu à la 2ᵉ année en 2024, et ainsi de suite jusqu’à couvrir l’ensemble du cursus. 

L’idée est de proposer un parcours cohérent : partir des constats scientifiques (climat, énergie, gaz à effet de serre), aborder le vivant et la biodiversité, puis les ressources (eau, matériaux, air…), sans oublier les questions de pollution. Ensuite, on travaille sur les leviers d’action, à la fois à titre personnel et professionnel. 

En première et deuxième année, une grande partie des enseignements vise à sensibiliser et à poser les bases. Ensuite, en 3ᵉ, 4ᵉ et 5ᵉ années, on apporte des outils plus concrets : bilan carbone, analyse du cycle de vie des produits et services, gouvernance de projet pour accompagner la transition. 

Nous proposons aussi des formats communs entre ingénieurs et paysagistes concepteurs comme la Fresque du climat ou des ateliers de projection pour imaginer des modes de vie bas carbone. 

 

 

 

Quels ont été les premiers retours des étudiants et des enseignants ? 

Globalement, il y a une vraie prise de conscience, aussi bien chez les étudiants que chez les enseignants. On plante des graines, qui peuvent déclencher des déclics à différents moments de leur parcours ou de leur vie. 

L’objectif est de rendre les futurs ingénieurs et paysagistes capables d’initier des transformations, que ce soit en entreprise ou dans les collectivités. On essaie aussi de construire un imaginaire positif et enthousiaste autour de la sobriété, pour sortir d’une vision uniquement centrée sur la consommation et l’accumulation de richesse et de biens matériels. 

Cela dit, ces sujets ne sont pas toujours faciles à aborder. Ils peuvent parfois être anxiogènes ou générer de la frustration, notamment parce qu’on ne donne pas de solution toute faite. C’est un choix assumé : il ne s’agit pas pour les enseignants concernés d’être prescripteurs, mais d’accompagner chacun à trouver sa propre manière d’agir. 

 

Peut-on dire que cela fait évoluer le profil des futurs ingénieurs et paysagistes formés à l’INSA Centre Val de Loire ? 

Oui, clairement. Cela apporte des compétences supplémentaires, mais surtout une capacité à prendre des initiatives et à répondre aux besoins des entreprises d’intégrer toujours plus les enjeux écologiques dans les projets d’ingénierie. Les futurs ingénieurs seront ainsi mieux armés pour agir concrètement dans leur environnement professionnel. 

C’est un peu différent pour les étudiants paysagistes car leur formation a toujours très bien pris en compte les enjeux écologiques et la préservation de la biodiversité.  

 

Pourquoi est-il crucial que les futurs ingénieurs soient formés aux enjeux climatiques aujourd’hui ? 

Parce que les défis à venir sont immenses, et que la technique et la technologie font partie des solutions, notamment en matière de décarbonation. Mais ces solutions doivent être pensées dans un cadre global, en intégrant des dimensions économiques, sociales et environnementales. 

Mieux former des ingénieurs à ces enjeux, c’est leur donner les clés pour agir de manière responsable et adaptée aux défis à relever. 

 

Comment imagines-tu l’évolution de cette démarche dans les prochaines années ? 

À mesure que le dispositif va se stabiliser, nous allons renforcer les coopérations, notamment avec les étudiants paysagistes, mais aussi avec les autres INSA. 

L’idée est aussi de développer davantage de projets, de stages et de missions en lien avec ces enjeux, en partenariat avec les entreprises et les collectivités. Nous structurons également un collectif d’enseignants engagés, avec des rôles répartis selon les thématiques et les années. 

Un enjeu crucial sera de mieux valoriser et faire connaître ces actions. 

 

À titre personnel, qu’est-ce qui te motive dans ce projet ? 

Il y a d’abord une prise de conscience personnelle des enjeux écologiques, et l’envie d’agir à mon échelle. Ce qui est passionnant, c’est que ces sujets mobilisent des compétences très variées : techniques, bien sûr, mais aussi sociales, économiques, voire psychologiques. 

C’est un domaine très transversal, où il n’y a pas une seule bonne réponse, et qui laisse une grande place à la créativité. C’est aussi ce qui le rend particulièrement stimulant. 

 

Si tu devais résumer en une phrase l’enjeu de ClimatSup pour les futurs étudiants de l’INSA Centre Val de Loire ? 

Donner aux étudiants les clés pour comprendre les enjeux écologiques… et surtout être capables d’y répondre.